
PASTEUR2030
Du 5 au 7 avril, la France accueillait le One Health Summit, un rendez-vous majeur à l’occasion de la Journée mondiale de la santé et auquel plusieurs représentants pasteuriens ont participé
Événement phare de la présidence française du G7, le premier sommet international One Health a réuni pendant trois jours de nombreux chefs d’État et de gouvernement, des parlementaires, plusieurs organisations internationales, des scientifiques du monde entier ainsi que des représentants de la société civile, des jeunes et des acteurs locaux afin d’accélérer la mise en œuvre de l’approche « Une Seule Santé ».
Le principe « One Health » ou « Une Seule Santé » repose sur un constat partagé depuis longtemps : l’interdépendance de la santé humaine, animale, végétale et des écosystèmes. Cette interdépendance nécessite le déploiement d’approches coordonnées et fondées sur la science, la prévention, le partage de connaissances et la coopération internationale pour faire face aux menaces sanitaires communes.
Le sommet reposait sur quatre principes fondamentaux :
- L’importance de la science, de la recherche et de l’innovation ;
- La promotion d’un multilatéralisme d’action et des partenariats internationaux ;
- Le rôle central des partenariats public/privé ;
- La participation inclusive de la société civile, des collectivités territoriales et de la jeunesse.
Le One Health Summit a représenté un moment clé pour traduire l’engagement politique en actions concrètes et multisectorielles sur la prévention et la préparation autour de quatre thématiques - résistances antimicrobiennes, systèmes alimentaires durables, expositions aux pollutions et réservoirs zoonotiques et vecteurs - afin de contribuer à la mise en place de systèmes de santé plus résilients et plus équitables pour les êtres humains, les animaux et la planète. Aussi la session de haut niveau durant laquelle les principales annonces ont été faites a rassemblé 10 chefs d’État, de gouvernement et d’organisation internationale. Ce sommet a également été l’opportunité de mettre en lumière la forte contribution de l’Institut Pasteur dans ce domaine, en particulier au travers de la construction du bâtiment du CMTV qui a été citée.
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Contribuer aux synergies
Le sommet a aussi donné la parole à de nombreux acteurs afin de développer des synergies au bénéfice de l’approche One Health. Parmi les porteurs de projets et les intervenants figuraient deux représentants Pasteuriens :
Hervé Bourhy, responsable de l’unité Lyssavirus, épidémiologie et neuropathologie, responsable du centre national de référence (CNR) Rage et du centre collaborateur de l’OMS sur la Rage et directeur du département de Santé globale, est intervenu le 6 avril dernier à l’occasion :
d’une session spéciale « Société civile et One Health : Les catalyseurs du changements ». Soutenu par la fondation « One Sustainable Health » (fondation abritée de l’Institut Pasteur), ce temps fort, déployé sous forme d’un forum, visait à éclairer et appuyer le rôle essentiel des organisations de la société civile dans l’innovation, leur capacité avérée à s’adapter et leur agilité à réagir sur le terrain face aux défis One Health. En mobilisant les réseaux locaux, en assurant le suivi de la mise en œuvre et en veillant à ce que les fonds parviennent bien sur le terrain, la société civile contribue en effet à traduire les engagements pris au plus haut niveau en actions concrètes. Ainsi, la mise en œuvre de l'approche One Health devient un effort collaboratif : ancré dans la diversité culturelle, s'appuyant sur les savoirs autochtones et locaux, et soutenu par une gouvernance inclusive et des investissements responsables. Hervé Bourhy est ainsi intervenu pour sensibiliser autour du thème des maladies infectieuses émergentes et ré-émergentes et des zoonoses. Dans ce contexte le rôle de acteurs de santé communautaires au plus près des besoins et attentes des populations a été discuté.
En savoir plusd’un événement en marge du sommet, que l’Institut Pasteur a co-organisé aux côtés de l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA), de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et de l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Intitulé « From rabies to readiness : community surveillance for One Health » et placé sous l’égide de l’International Alliance for Biological Standardisation, cet autre temps fort visait à présenter et adopter un modèle de gouvernance pour une surveillance communautaire afin de prévenir et lutter contre les zoonoses. Établi à partir du modèle central que représente la rage (entre détection, prévention, traitements et réponses, réseaux de surveillance…), ce modèle de gouvernance doit s’appliquer à d’autres maladies zoonotiques prioritaires. Plusieurs pays ont d’ores et déjà répondu positivement pour un déploiement élargi sur le globe.
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Ces 2 points ont été repris dans les conclusions du sommet et celles reprises par l’OMS.
Camille Lambert, étudiante doctorante au sein du groupe à 5 ans “Épidémiologie des maladies infectieuses“ dirigé par Michael White, invitée à « pitcher » dans le cadre de la séquence « Jeunesse » du sommet. Camille Lambert a également contribué à porter le plaidoyer d’une jeunesse internationale engagée. Ainsi, à l’invitation de l'Institut de recherche pour le développement (IRD), avec le soutien du ministère de l'Europe et des Affaires étrangères (MEAE) et en partenariat avec des organisations de jeunesse, l'événement « La jeunesse interpelle le monde - Une seule planète, une seule santé, une génération en action » a pris place le 6 avril dernier, cette rencontre a fédéré une centaine de jeunes adultes, originaires des cinq continents, engagés dans la mise en œuvre concrète de l'approche One Health, pour porter un plaidoyer collectif auprès des décideurs et enrichir les débats du sommet.

Travailler avec la société civile - Questions à Hervé Bourhy
« L'un des principaux défis de la gestion des maladies infectieuses dans les pays à revenu faible ou intermédiaire réside dans le manque de coordination entre le secteur de la santé (secteurs de la santé humaine et animale dans le cas des infections zoonotiques) et les communautés qu'il dessert, ce qui se traduit souvent par une détection tardive des épidémies et une lutte contre la maladie peu efficace.
Mon objectif lors du sommet One Health était de faire un plaidoyer en vue de l'autonomisation des communautés, notamment grâce au rôle des agents de santé communautaires et des agents de santé animale communautaires, qui peuvent contribuer à combler cette lacune en identifiant rapidement les cas suspects et en facilitant la communication entre les communautés et les services de santé. La conception conjointe de stratégies de surveillance, d'intervention et de prévention avec les communautés des pays à ressources limitées est donc un enjeu majeur. Multipartite, cette architecture politique, municipale et opérationnelle permettra de mettre en place un modèle One Health évolutif pour lutter contre les maladies existantes, émergentes et réémergentes, y compris les menaces zoonotiques. À terme, ce processus d'autonomisation des communautés ouvre la voie à des infrastructures de santé publique et animale plus résilientes et plus réactives dans les régions les plus touchées par les maladies zoonotiques. »
Incarner la jeunesse - Questions à Camille Lambert, doctorante au sein du G5 Épidémiologie des maladies infectieuses
« J’étais invitée pour intervenir le 6 juin dernier. Mon pitch portait sur mon projet de thèse, le projet ULTIMASero que je mène ici, à l’Institut Pasteur de Paris, et en collaboration avec trois instituts du Pasteur Network (Institut Pasteur de Dakar, Institut Pasteur de Madagascar et Centre Pasteur du Cameroun). Il s'agit d’une étude épidémiologique longitudinale où l’on suit des enfants avec de la fièvre. L’objectif est de comprendre et de cartographier ce qui rend ces enfants malades et ensuite de modéliser la dynamique et l'évolution des anticorps pendant un an. Ce pitch avait pour objectif d’expliquer en quoi mon projet s’inscrit pleinement dans l’approche One Health et comment moi, en tant que jeune scientifique, je suis impliquée au quotidien dans ce domaine.
L’objectif de cette prise de parole, au-delà de présenter mon pitch, était aussi de présenter le plaidoyer sur lequel nous avons travaillé, plus d’une dizaine d’autres personnes et moi, pendant les quelques semaines qui ont précédé l’événement. Ce plaidoyer était destiné aux « décideurs politiques » présents à l’événement parmi lesquels la ministre de la Francophonie et le directeur de la FAO. »
Les engagements du sommet pour la santé du vivant et de la planète
Le One Health Summit a marqué une étape décisive pour inscrire durablement la prévention au cœur de l’agenda international, en articulant coopération internationale, science, innovation, financement et gouvernance. Plusieurs engagements se dessinent ainsi :
Mieux connaitre pour mieux agir : la science, les données et la formation comme fondements des politiques publiques,
Faire converger les efforts dans la lutte contre la résistance aux antimicrobiens,
Mieux surveiller pour mieux prévenir : faire Une la santé animale, humaine et environnementale,
Protéger la santé des impacts des pollutions et des plastiques et répondre à l’impératif de préservation des populations et des écosystèmes encore trop exposés,
Transformer les systèmes alimentaires et faire de l’assiette un levier durable de santé,
Amplifier les actions, être inclusif et changer les échelles en intensifiant le plaidoyer et mobilisant les financements,
Faire de l’approche One Health un réflexe de l’agenda politique mondial, national et régional,
Décliner One Health à l’échelon local au plus des populations et ancrer la prévention dans le quotidien, à tous les âges de la vie.


