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18 septembre 2026

BULLETIN INTERNE DE L'INSTITUT PASTEUR

Institut Pasteur
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Musée

Charles Nicolle (1866-1936), directeur de l’Institut Pasteur de Tunis et lauréat du prix Nobel de médecine en 1928

À l'occasion du 160e anniversaire de sa naissance, le 21 septembre 2026, le musée revient sur le parcours de Charles Nicolle, médecin, microbiologiste, dont les travaux menés à l'Institut Pasteur de Tunis ont enrichi la compréhension des maladies infectieuses.
 

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©Institut Pasteur/Musée Pasteur, Portrait de Charles Nicolle à son microscope en novembre 1922.



Des racines normandes à l'Institut Pasteur de Tunis

Charles Jules Henri Nicolle naît à Rouen le 21 septembre 1866, dans une famille où la science occupe une place centrale. Son père, Eugène (1832-1884), est médecin et enseignant en histoire naturelle, son frère aîné Maurice (1862-1932) deviendra microbiologiste. Seul le frère cadet, Marcel (1871-1934), suit une autre voie et devient critique d'art.

Après de brillantes études au lycée Pierre-Corneille de Rouen, il entame une formation en médecine en 1884. En 1887, il rejoint Paris pour son internat et fréquente les laboratoires de l'Institut Pasteur. Il se forme auprès d'Émile Roux (1853-1933) et d'Élie Metchnikoff (1845-1916) dès 1890. Il soutient sa thèse sur le chancre mou en 1893 avant de retourner à Rouen, sa ville natale.

Son retour en Normandie s'avère cependant difficile. Si Nicolle fonde, avec le Dr. André Halipré (1868-1949), le premier sanatorium de la région à Oissel en 1898, son projet d’ouvrir un centre d'enseignement de la microbiologie, similaire à l’Institut Pasteur de Paris, échoue. Par ailleurs, une surdité évolutive l'empêche progressivement de pratiquer l'auscultation, l'orientant définitivement vers les travaux de laboratoire. En 1902, il quitte Rouen pour prendre la direction de l'Institut Pasteur de Tunis, succédant ainsi au neveu de Louis Pasteur, Adrien Loir (1862-1941).

L'intuition tunisienne : percer le mystère du typhus

Arrivé à Tunis en 1903, Nicolle transforme un modeste laboratoire en un centre de recherche de renommée internationale. C'est là qu'il réalise sa découverte la plus célèbre.

En observant les malades à l'entrée de l'hôpital Sadiki, il remarque un fait troublant : la contagion du typhus exanthématique cesse net dès que les patients sont dépouillés de leurs vêtements, rasés et lavés. En 1909, avec ses collaborateurs Charles Comte (1869-1943) et Ernest Conseil (1879-1930), il apporte la preuve expérimentale que le pou du corps est l'unique vecteur de la maladie. Cette découverte permet d'enrayer les épidémies par des mesures d'hygiène simples, sauvant des milliers de vies, notamment durant la Première Guerre mondiale. Elle lui vaudra le Prix Nobel de physiologie ou médecine en 1928.

C'est également à l'Institut Pasteur de Tunis que Nicolle accueille et forme certains des chercheurs les plus talentueux de son époque, parmi lesquels Hélène Sparrow-Germa (1891-1970).
 

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©Institut Pasteur/Archives, Hélène Sparrow-Germa (1891-1970) et Charles Nicolle (1866-1936) en mission d'étude sur le typhus exanthématique au Mexique, en 1931.


 

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©Institut Pasteur/Musée Pasteur, Charles Nicolle à l'Institut Pasteur de Tunis vers 1920.



Un chercheur aux découvertes multiples

L'œuvre de Nicolle à Tunis ne se limite pas au typhus. Ses investigations scientifiques s'étendent à de nombreux domaines :

•    Toxoplasmose : En 1908, avec Louis Manceaux (1865-1934), il découvre un nouveau parasite, Toxoplasma gondii, chez le goundi, un petit rongeur du Sud tunisien. Ce parasite, longtemps considéré comme anodin, est aujourd'hui reconnu comme un enjeu majeur de santé publique mondiale.
•    Leishmaniose : Il identifie le rôle de réservoir du chien dans la leishmaniose infantile et met au point le milieu de culture dit « NNN », encore utilisé aujourd'hui.
•    Infections inapparentes : En 1919, il formalise ce concept fondamental : certaines maladies contagieuses ne présentent aucun symptôme visible, rendant leur porteur indétectable. Il considérait cette observation comme sa plus importante contribution.
•    Grippe : En 1918, il démontre avec Charles Lebailly (1880-1945) que l'agent de la grippe est un « virus filtrant », proposant le terme d'« inframicrobes ».

 

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©Institut Pasteur/Musée Pasteur, Charles Nicolle arrêtant le typhus, caricature par Georges Villa, 1913.



Un humaniste visionnaire

Charles Nicolle est également un écrivain prolifique. Auteur de romans, dont Le Pâtissier de Bellone (1913), et d'essais philosophiques, il incarne une figure de savant-humaniste. Dans son ouvrage Destin des maladies infectieuses (1933), il prophétise avec une acuité saisissante l'apparition de « maladies nouvelles », imprévisibles et indétectables à leur origine. Cette vision préfigurait, un demi-siècle à l'avance, l'émergence des crises sanitaires.

Élu membre de l'Académie des sciences en 1929 puis nommé professeur au Collège de France en 1932, Charles Nicolle s'éteint à Tunis le 28 février 1936. Il repose au sein même de l'Institut Pasteur de Tunis. Sur sa tombe sont gravés deux rameaux entrelacés : un pommier, pour sa Normandie natale, et un olivier, pour sa Tunisie d'adoption. 
 

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©Institut Pasteur de Tunis, Musée Pasteur, Tombe de Charles Nicolle enterré à l'Institut Pasteur de Tunis.



Son nom est aujourd'hui porté par deux centres hospitaliers universitaires : celui de Rouen et celui de Tunis, témoins vivants d'un héritage qui traverse les frontières.

Les archives de Charles Nicolle

Les archives de Charles Nicolle sont conservées en plusieurs lieux. Une partie est restée à l'Institut Pasteur de Tunis, où sont notamment préservés ses cahiers d'expériences (1904-1934). D'autres documents sont conservés aux Archives départementales de Seine-Maritime et à la Bibliothèque municipale de Rouen.

L'Institut Pasteur de Paris conserve pour sa part un fonds, constitué grâce à des dons successifs de la famille Nicolle entre 1987 et les années 1990. Ce fonds rassemble près de 2 000 pièces, comprenant notamment des documents biographiques, des correspondances familiales et scientifiques, dont des lettres d'Albert Calmette et d'Élie Metchnikoff, des manuscrits scientifiques et littéraires, ainsi que les documents relatifs à son Prix Nobel. 

Consultez la notice de fonds  

Retrouvez les ouvrages sur Charles Nicolle dans la bibliothèque du CeRIS

 

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©Institut Pasteur/Musée Pasteur, Charles Nicolle et sa femme Alice Avice avec leurs deux enfants vers 1900.


Si vous êtes intéressé par les actualités du musée, que vous avez des questions ou que vous conservez des objets techniques ou scientifiques témoignant de l'activité passée des laboratoires de l'Institut Pasteur, n'hésitez pas à contacter l'équipe du musée à musee@pasteur.fr et à nous suivre sur les réseaux sociaux (LinkedIn, Instagram). 

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