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25 septembre 2026

BULLETIN INTERNE DE L'INSTITUT PASTEUR

Institut Pasteur
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Musée

Dans les coulisses de la restauration d’un objet précieux du cabinet de travail de Louis Pasteur

Dans le cabinet de travail de Louis Pasteur, au rez-de-chaussée de son appartement à l'Institut Pasteur, un objet vient d’être confié aux mains de restaurateurs spécialisés : un cartel Louis XV signé Joanes Biestra. Cette horloge murale d'une grande élégance, est à la fois un chef-d'œuvre de l'artisanat français du 18e siècle et un témoin précieux de l'histoire intime de la famille de Louis et Marie Pasteur.

Le cartel, joyau de l'horlogerie décorative

Apparu en France au début du 18e siècle, le cartel est une horloge murale de prestige, dont le nom désigne à la fois la pendule et le support mural sculpté sur lequel elle repose. Destinés aux intérieurs les plus raffinés de la noblesse et de la haute bourgeoisie, les cartels connaissent leur véritable apogée tout au long du 18e siècle. Installés dans les salons de réception ou les chambres à coucher, ils étaient conçus pour fonctionner silencieusement, les maîtres horlogers veillant à ce que le mécanisme n'émette aucun tic-tac susceptible de troubler la quiétude des appartements.

Celui du bureau de Louis Pasteur est un bel exemple du style Louis XV. Sa caisse de forme violonée est réalisée en corne verte, matière prisée à cette époque pour ses reflets chatoyants. Des éléments en bronze doré et ciselé l'habillent avec soin : des volutes en ronde-bosse s'élèvent au-dessus du cadran circulaire, dont les chiffres en émail blanc sous verre témoignent de la virtuosité des artisans de l'époque. Sous le cadran, un paon et des arabesques parachèvent l'ensemble, qui repose sur quatre pieds. Chaque cartel du 18e siècle est ainsi une œuvre collective, née de la collaboration étroite entre ébénistes, bronziers, ciseleurs et maîtres horlogers ; une tradition de savoir-faire concentrée à Paris, mais aussi à Lyon, à Dijon et dans le Jura.

Joanes Biestra, un horloger reconnu par l'Académie royale des sciences

Ce cartel porte la signature de Joanes Biestra, né à La Haye en 1712 et décédé à Paris le 21 août 1791. Naturalisé français le 24 mars 1757, cet horloger et inventeur d'origine néerlandaise s'est imposé comme l'une des figures notables de l'horlogerie parisienne des Lumières.

Biesta n'est pas seulement un artisan habile : c'est un inventeur engagé dans les grandes controverses scientifiques et techniques de son temps. En 1753-1754, il se trouve ainsi mêlé au différend opposant le mécanicien Lepaute et un certain Caron fils, le futur Beaumarchais, sur la paternité de l'échappement à double virgule. En 1757, il présente à l'Académie royale des sciences « une équation pendule horloge avec des indications astronomiques à quatre mains concentriques » qui lui vaut l'approbation de l'institution. Dans les Tablettes de la renommée de 1773, son nom figure en bonne place parmi les horlogers ayant « mérité les suffrages et l'approbation de l'Académie des Sciences », cette même institution dont Louis Pasteur allait devenir un membre éminent un siècle plus tard, lors de son élection en 1862.

Ses ambitions dépassent les frontières des ateliers parisiens. En 1770, il soumet une horloge marine de sa propre conception aux essais en mer dans le cadre du prix Rouillé de Meslay. Si l'instrument, endommagé lors du transport, ne donne pas les résultats escomptés, ses horloges figurent néanmoins parmi celles embarquées lors d'expéditions scientifiques majeures : en octobre 1772, au retour de La Flore à Brest après une année de navigation, on retrouve dans la cargaison des horloges de Biesta aux côtés de celles de Leroy et de Berthoud, grands noms de la chronométrie marine française. Très peu de ses œuvres existent encore, ce qui confère au cartel du musée Pasteur une valeur d'autant plus singulière.

De Lyon à l'Institut Pasteur : une transmission familiale

La provenance de cet objet est intimement liée à l'histoire de la famille Pasteur. Ce cartel se trouvait en effet dans la chambre d'Aristide Laurent (1795-1869), père de Marie Pasteur, qui vivait alors chez l'une de ses filles, Madame Loir, à Lyon. Par testament en date du 25 octobre 1868, il le lègue à sa nièce, Louise Danicourt-Gribier, laquelle le transmet à son tour à sa cousine : Marie Pasteur elle-même.

Cet objet rejoint l'appartement de Louis et Marie Pasteur à partir de février 1889. Sa présence dans le bureau du savant rappelle que l'appartement-musée ne conserve pas seulement les instruments scientifiques du chercheur, mais aussi les objets du quotidien qui témoignent de la vie familiale et intime des Pasteur, une dimension récemment mise en lumière à l'occasion du bicentenaire de la naissance de Marie Pasteur, célébrée en janvier 2026.

Découvrez la restauration du cartel

Actuellement confié à des restaurateurs spécialisés, ce cartel fait l'objet d'une intervention visant à stabiliser son état de conservation et à restituer l'éclat de ses matériaux d'origine : la corne verte de la caisse, le bronze doré des ornements rocaille, l'émail blanc du cadran. Cette restauration s'inscrit dans le programme plus large de conservation et de valorisation des collections de l'appartement-musée, en préparation de l'ouverture du futur musée Pasteur.

Pour en savoir plus sur la restauration du cartel, visionnez les deux premiers épisodes :

Episode 1
(cliquez sur l'image)

 

Episode 2
(cliquez sur l'image)

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Si vous êtes intéressé par les actualités du musée, que vous avez des questions ou que vous conservez des objets techniques ou scientifiques témoignant de l'activité passée des laboratoires de l'Institut Pasteur, n'hésitez pas à contacter l'équipe du musée à musee@pasteur.fr et à nous suivre sur les réseaux sociaux (LinkedIn, Instagram). 
 

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