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16 janvier 2026

BULLETIN INTERNE DE L'INSTITUT PASTEUR

Institut Pasteur
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Musée

Marie dans l’ombre de Louis

Marie Laurent naît à Clermont-Ferrand le 15 janvier 1826, il y a tout juste 200 ans. Cantonnée au rôle d'épouse, elle a pourtant participé à construire la postérité de son illustre mari.  

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Albert Edelfelt (1854-1905), Portrait de Madame Pasteur en deuil, 1899©Institut Pasteur / Musée Pasteur, 

Sa rencontre avec Louis Pasteur

Marie est issue d'une famille bourgeoise. Son père, Aristide Laurent, occupe successivement les postes de principal du collège de Riom, puis d'inspecteur d'académie à Toulouse, avant de devenir recteur de l'académie de Strasbourg (1848-1850). Louis Pasteur, alors professeur de chimie à la faculté rencontre Marie lors d’une soirée organisée par le père de cette dernière. Ils se marient le 29 mai 1849 dans l’église Saint-Madeleine de Strasbourg. Dès le début de leur union, Marie Pasteur soutient son mari, non seulement sur le plan familial, mais contribue aussi discrètement à ses travaux. Louis Pasteur apprécie son caractère "peu émotif, aguerri [et] endurant", et la décrit comme une "femme solide"*.

La première collaboratrice de Louis Pasteur

« Mme Pasteur a aimé son mari jusqu’à comprendre ses travaux. Le soir, elle écrivait sous sa dictée, provoquait les explications, car elle s’intéressait vraiment aux facettes hémiédriques et aux virus atténués. Elle s’était bien aperçue que les idées deviennent plus claires quand on les expose, et que rien ne porte plus à imaginer des expériences nouvelles que de raconter celles qu’on vient de faire. Mme Pasteur a été non seulement une compagne incomparable pour Pasteur, elle a été son meilleur collaborateur. » Émile Roux (Extrait du livre Madame Pasteur : vivre avec Pasteur au jour le jour, Agnès Desquand, 2013)

Marie Pasteur joue un rôle important dans l’organisation des recherches de Louis Pasteur. Elle s’assure du bon déroulement logistique de ses travaux et l’accompagne dans la préparation de ses expériences. Elle relit et met en forme ses notes scientifiques. Souvent, lorsque Louis Pasteur ne peut écrire en raison de maux de tête ou après ses deux accidents vasculaires cérébraux (le 19 octobre 1868 à l’âge de 46 ans et le 23 octobre 1887 à l’âge de 65 ans), elle se charge d'écrire sous sa dictée ses comptes rendus scientifiques. Au-delà de son rôle de secrétaire, elle assure la gestion d’une partie importante des correspondances personnelles et scientifiques, ce qui est essentiel à la diffusion des travaux. Marie interagit aussi avec les collaborateurs de Louis Pasteur ; elle accueille ceux qui rejoignent l'équipe et les met au courant des recherches en cours et passées. Au début de sa carrière, elle soutint financièrement ses recherches.

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©Institut Pasteur / Musée Pasteur, Marie Pasteur écrivant une note sur la maladie des vers à soie sous la dictée de Louis Pasteur à Pont-Gisquet, près d'Ales, 1868. 

 

Une force de caractère face aux épreuves de la vie

Le parcours de Marie et Louis Pasteur est marqué par de terribles deuils. Le couple a cinq enfants, mais trois meurent en bas âge de maladies infectieuses : Jeanne (1850–1859) et Cécile (1853–1866) de fièvre typhoïde, et Camille (1863–1865) d'une tumeur au foie.

« Ma chère Adèle, j'avais comme toi quatre enfants il n'y a pas un an, et Dieu m'en a réclamé la moitié ! Ma chère et si gentille Cécile qui avait eu tant de plaisir à soigner et à élever avec moi sa petite sœur, est allée bien vite la rejoindre et nous laisse dans le plus grand chagrin ! Elle avait 12 ans 1/2 et nous la voyions grandir avec bonheur, découvrant en elle chaque jour une qualité nouvelle qui nous promettait tant pour l'avenir. Tout est détruit ! Il ne nous reste plus que le souvenir des joies qu'elle nous a données et ce souvenir nous déchire le cœur ! Puisses-tu ma bonne Adèle ne jamais connaître le chagrin d'une mère qui perd son enfant. » Lettre de Marie Pasteur à sa cousine Adèle Gsell, le 1er juin 1866 

 

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©Bibliothèque nationale de France, Département des manuscrits, Dessin de Louis Pasteur représentant Jeanne Pasteur allaitée par Marie Pasteur. 
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©Institut Pasteur / Musée Pasteur, Marie Pasteur et sa fille Camille en 1864. 

Marie, actrice de la postérité de son illustre époux

À la mort de Louis Pasteur le 28 septembre 1895, Marie refuse la proposition de l’État français de panthéoniser son mari. Elle sollicite le célèbre architecte Charles-Louis Girault pour concevoir une crypte au sein même de l’institut que son mari a créé. Elle pose ainsi un premier jalon patrimonial au sein du bâtiment historique de l’Institut Pasteur. Elle continue à vivre dans l’appartement jusqu’à son décès en 1910. Elle décède à Arbois le 23 septembre 1910, à l’âge de 84 ans. Elle est inhumée aux côtés de Louis Pasteur dans la crypte de l'Institut Pasteur à Paris. Son épitaphe latine, tirée du code Justinien, est révélatrice de son rôle : « Socia rei humanæ atque divinæ », c'est-à-dire « compagne de la vie humaine et des choses divines ».

En janvier 2025, l'Université de Franche-Comté intègre le nom de Marie au côté de Louis et devient ainsi Université Louis et Marie Pasteur. Ce choix institutionnel permet de sortir de l’ombre une femme jusqu’alors invisibilisée.

Si vous souhaitez en savoir plus sur la vie de Marie Pasteur, n’hésitez pas à consulter l’ouvrage d’Agnès Desquand Marie Pasteur : vivre avec Pasteur au jour le jour disponible dans la bibliothèque du CeRIS ou en ligne.  

Si vous êtes intéressé par les actualités du musée ou si vous avez des questions, n’hésitez pas à contacter l’équipe du musée, musee@pasteur.fr et à les suivre sur les réseaux sociaux (LinkedIn, Instagram).

 

Soutenir la restauration de l’appartement de Louis et Marie Pasteur

L'appartement de Louis et Marie Pasteur constitue aujourd’hui un héritage culturel et historique à préserver. C’est dans cet appartement que le couple a vécu ses dernières années à partir de février 1889. Ces espaces, conservés en l'état, témoignent à la fois de la notoriété mondiale du savant, devenu le « bienfaiteur de l’humanité » avec le vaccin contre la rage en 1885, et de la vie quotidienne d'un intérieur bourgeois de la seconde moitié du XIXe siècle. L'appartement comprend notamment la « salle des souvenirs scientifiques », créée en 1938, qui présente les instruments scientifiques et la verrerie de laboratoire du savant. Louis Pasteur, décédé en 1895, repose avec son épouse dans la crypte d’inspiration néo-byzantine au sein même de ce bâtiment historique. L'appartement-musée est labellisé Maisons des Illustres depuis 2012.

La Fondation du patrimoine, reconnue d’utilité publique, et œuvrant pour la sauvegarde et la valorisation du patrimoine, soutient l’Institut Pasteur dans sa démarche de restauration et de réhabilitation de son patrimoine historique. Dans le cadre de la recherche de mécénat, elle a mis en place une collecte en ligne qui participe au financement de la restauration de l’appartement de Louis et Marie Pasteur.

 

 

[1] Propos de Sylvie Morel dans le podcast.

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