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09 octobre 2026

BULLETIN INTERNE DE L'INSTITUT PASTEUR

Institut Pasteur
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Retour sur le rendez-vous « Expérimentation animale et société : Sentience animale – perspectives historiques, avancées scientifiques et implications sociétales »

Le 24 septembre dernier se tenait, à l'amphithéâtre Émile Duclaux et via Teams, la 5e conférence «Expérimentation animale et société», organisée par le comité d'éthique en expérimentation animale (CETEA), le centre de ressources animales et de recherche (C2RA) et le département d'éthique et de bioéthique de l'Institut Pasteur.

Cette année encore, vous avez été nombreux (plus de 210 personnes) à assister à cet événement, parmi lesquels figuraient de nombreux membres du Pasteur Network, connectés en visioconférence pour l'occasion.

Après avoir abordé successivement le remplacement, la réduction puis le raffinement (les trois « R » d'un principe éthique fondamental en expérimentation animale), la série de conférences ouvrait cette année un nouveau chapitre en consacrant son édition à la sentience animale - capacité des animaux à éprouver des états subjectifs, c'est-à-dire des expériences ressenties comme positives (plaisir, confort, apaisement...) ou négatives (douleur, faim, peur, détresse...). La sentience se situe au carrefour de l'éthique, de la philosophie et des sciences et soulève deux grandes questions qui ont servi de fil conducteur à la matinée : comment mesurer des états mentaux que les animaux ne peuvent pas exprimer par la parole ? quelles espèces inclure dans notre sphère de considération ?

La conférence a démarré par les interventions de Gilles Gheusi, président du CETEA, Jean Jaubert, directeur du C2RA, et Jean-Claude Dupont, responsable du département d'éthique et de bioéthique. Il a été rappelé le contexte réglementaire et son évolution : la directive 2010/63/UE du 22 septembre 2010, a fait des céphalopodes les premiers invertébrés protégés en recherche. L'importance de la formation continue des personnels a également été soulignée, de même que l'élargissement du périmètre de l'éthique de la recherche aux enjeux globaux (adaptation au changement climatique, risques zoonotiques...). Les comités d'éthique ont enfin été présentés comme des instances interdisciplinaires vivantes de réflexion collégiale, portant une démarche d'amélioration continue « du bien au meilleur ».

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Heather Browning, philosophe à l'université de Southampton (Royaume-Uni), a présenté les définitions, les frontières et les enjeux de la sentience. Être sentient ne relève pas de l'intelligence : il s'agit de la capacité à ressentir. C'est elle qui fonde notre considération morale – « la question n'est pas : peuvent-ils raisonner, ni : peuvent-ils parler, mais : peuvent-ils souffrir ? », écrivait déjà Jeremy Bentham – et qui fait de tout animal sentient un sujet de bien-être. Parce que les états subjectifs ne sont pas directement observables, leur étude repose sur la convergence de multiples marqueurs comportementaux, physiologiques et neurobiologiques, dans un raisonnement par « inférence à la meilleure explication ». C'est une démarche de ce type qui a conduit le Royaume-Uni à reconnaître la sentience des céphalopodes et des crustacés décapodes dans sa législation. Elle a également invité à s'interroger sur « ce que cela fait que d'être » un animal donné, chaque espèce possédant son propre répertoire émotionnel, et a rappelé les implications de ces travaux dans l'application des trois « R », du choix des modèles de remplacement jusqu'à l'adaptation du raffinement aux besoins de chaque espèce.

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Ludovic Dickel, éthologue au Centre d'études en éthologie et cognition (université de Caen), a retracé en visioconférence le parcours qui a mené les céphalopodes « de l'exclusion à la protection » à travers le rapport de l'EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments) concluant que ces animaux peuvent éprouver des expériences subjectives, suivi de l’inclusion dans la directive européenne et de l’élaboration de lignes directrices pour leur hébergement et leur utilisation en recherche, et enfin la construction de grilles d'évaluation de la sentience adaptées à leur organisation nerveuse singulière. Des expériences menées notamment chez le poulpe suggèrent ainsi que la douleur constitue chez ces animaux une véritable expérience affective, et non un simple réflexe. Si les données restent lacunaires, le principe de précaution impose de considérer les céphalopodes comme des êtres sentients.

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Martin Giurfa, neurobiologiste et directeur de l'Institut de biologie Paris-Seine de Sorbonne Université, a étendu la réflexion aux insectes, en particulier à l'abeille domestique, dont les capacités cognitives sont désormais bien documentées. Ses travaux récents montrent que des abeilles ayant appris qu'un signal lumineux annonce un choc électrique, présentent également des marqueurs physiologiques durables qui ne s'expliquent pas par la seule activité motrice et sont corrélés au niveau d'apprentissage. Ces observations, compatibles avec un état interne de type « peur », dépassent le simple réflexe et montrent tout l'intérêt des insectes pour étudier l'évolution des états émotionnels.

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Jean-Loup Rault, professeur et directeur de l’Institut de Sciences en Bien-Être Animal à l'université de médecine vétérinaire de Vienne (Autriche), a proposé de repenser les émotions animales « du bien-être au mieux-être » : au-delà de la prévention des états négatifs, il est aujourd'hui essentiel d'étudier et de promouvoir les émotions positives des animaux, ce qui suppose de disposer d'indicateurs fiables de ces états et d'en tirer les conséquences pour leurs conditions d'hébergement et de soin.

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L'intervention de Tarek Sharshar, Professeur en neurologie et réanimation médicale (Université Paris Cité, CHU Sainte-Anne), a ensuite permis d'élargir la réflexion en présentant les états de conscience modifiés chez l'humain. À partir de son expérience de neurologue en réanimation, il a montré comment la médecine évalue la conscience de patients non communicants, question qui présente d'étroites analogies avec le défi de l'évaluation de la sentience animale, illustrant alors la fécondité du dialogue entre clinique, neurosciences et éthique animale.

La table-ronde conclusive, « Sentience en pratique : recherche, éthique et société », a réuni l'ensemble des intervenants autour du public. Les échanges ont porté sur les implications concrètes des avancées présentées pour l'évaluation des projets par le comité d'éthique, l'adaptation des hébergements et des protocoles aux capacités de ressentir propres à chaque espèce, la formation des personnels, la poursuite des recherches sur les espèces encore peu étudiées, ainsi que sur l'importance de l'expérimentation animale pour les progrès de la recherche biomédicale et la nécessité de poursuivre le dialogue avec la société sur ces questions.
 
Voir ou revoir la conférence


Visionner les précédentes conférences :

«Expérimentation animale et société : histoire et actualité philosophiques, juridiques et de communication»

« Expérimentation animale et société : enjeux philosophiques de l’encadrement des projets utilisant les animaux et pistes d’amélioration »

« Expérimentation animale : réduction du nombre d’animaux utilisés en recherche : le choix de la méthode est-elle une nécessité règlementaire, éthique ou scientifique ? »

« Expérimentation animale : Amélioration du bien-être animal, état des lieux des meilleures pratiques pouvant être appliquées aux animaux utilisés en recherche »

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