
Musée
René Legroux, premier conservateur du musée Pasteur
À l'occasion des 75 ans de la disparition de René Legroux (1877-1951), le musée revient sur le parcours de ce scientifique engagé qui a aussi dirigé le musée Pasteur à son ouverture en mai 1936.
De l’héritage familial à la vocation scientifique : l’entrée de René Legroux à l’Institut Pasteur
Prédestiné à mener une carrière de médecin dans les hôpitaux de Paris, à l'instar de son père et de son grand-père, René Legroux rejoint l'Institut Pasteur dès 1904 en tant qu'élève du cours de microbiologie technique. Enthousiasmé par le cours d'Émile Roux (1853-1933), ce dernier lui transmet sa passion pour la recherche. C'est dans ce contexte que René Legroux renonce au concours de l'internat afin d'accepter la proposition d'Émile Roux d'assurer la continuité de cet enseignement. Nommé préparateur du cours en 1906 (voir encadré "Le saviez-vous ?"), il enseigne la « rigoureuse technique pasteurienne » en accordant une importance minutieuse à la préparation des travaux pratiques, vérifiant chaque repiquage et chaque colonie microbienne, et corrigeant impitoyablement les moindres fautes de technique. À partir de 1910, devenu chef de laboratoire, il donne également des conférences sur les milieux de culture. À la mort de Jean Binot en 1909, il reprend la charge de l'entretien de la collection bactérienne de l'Institut Pasteur, qu'il assumera jusqu'en 1948, l'enrichissant de nombreuses espèces aérobies et anaérobies. Il devient directeur du cours en 1921, succédant ainsi à Émile Roux, poste qu'il occupera pendant de nombreuses années, formant des générations de scientifiques, français et étrangers.

Le saviez-vous ?
En 1905, René Legroux commence son engagement bénévole auprès de Jean Binot avant d’être officiellement nommé préparateur en 1906. En mai 1906, lors d’un concours pour le poste d’inspecteur départemental d’hygiène, il prépare des souches bactériennes pour les épreuves pratiques de laboratoire. En reconnaissance de son travail, Émile Roux lui offre 50 francs. Jean Levaditi, raconte dans un article que Jean Binot aurait alors tendu l’argent à René Legroux en l’incitant à le refuser, tout en l’encourageant à remercier Émile Roux pour son geste. Ce refus inattendu de l'argent par Legroux conduisit Roux à lui offrir un poste permanent et un salaire mensuel (deux cents francs) à partir de janvier 1907.

du cours de microbiologie de l'Institut Pasteur de 1931 où figure au premier rang René Legroux.
Ses contributions lors de la Première Guerre mondiale
René Legroux est mobilisé à partir de 1914 à l'Institut Pasteur à la demande d'Émile Roux. Ses contributions à l'effort de guerre sont multiples et d'une importance capitale pour le Service de Santé. En quelques jours seulement, il transforme le laboratoire du cours en une véritable fabrique de vaccins. En l'espace de deux mois, il réussit à fournir 2 200 000 doses de vaccin typhoïdique destinées aux besoins de l'armée et de la population civile. Cette vaccination contribue à éviter à au moins un million de soldats de contracter la typhoïde. Le 27 octobre 1914, Legroux est nommé directeur du centre d'organisation des laboratoires de l'armée. Il s'avère être un excellent organisateur. Il convertit les deux salles de cours de microbie en une “usine” pour la préparation du matériel destiné aux laboratoires mobiles.
En quelques mois, il met à la disposition du Service de Santé des dizaines de laboratoires, dont des laboratoires bactériologiques ambulants souvent appelés les « Ambulances de Legroux ».

ambulants appelés "Ambulances de Legroux" par le laboratoire de René Legroux
à l'Institut Pasteur et utilisées dans les armées françaises
pendant la Première Guerre mondiale, vers 1916/1917
À partir de janvier 1917, René Legroux organise la Mission antipaludique destinée à l'armée d'Orient. Pour cette mission stratégique, il fournit non seulement l'équipement complet de laboratoire parasitologique et chimique, mais également une réserve importante de quinine. Conscient de l'importance de la prévention, il met en place un véritable service de propagande antipaludique utilisant tracts, cartes et affiches. Grâce à ces efforts, les troupes de l'armée d'Orient parviennent à résister au fléau du paludisme et à mener la campagne victorieuse en Macédoine. Parallèlement à ces missions logistiques, Legroux assume également un rôle pédagogique essentiel : il forme de nombreux médecins mobilisés affectés aux laboratoires de l'armée aux techniques bactériologiques et aux méthodes d'identification des principaux microbes pathogènes. Il rédige par ailleurs plusieurs notices de technique bactériologique et épidémiologique pour le Service de Santé. En novembre 1917, nouvelle responsabilité : il est officiellement chargé d'organiser les laboratoires nécessaires à l'armée américaine qui commence à débarquer en France.
René Legroux, premier conservateur du musée de l’Institut Pasteur
René Legroux a été un serviteur passionné de la tradition pasteurienne ; il a consacré toute sa vie à l'Institut Pasteur. Il se nommait avec fierté « le conservateur du musée de l'Institut Pasteur ».
Il a pris en charge la création du musée Pasteur en 1936. Son rôle a consisté à rassembler tous les souvenirs laissés par Louis Pasteur dans ses laboratoires successifs. Il est à l'origine de la création de la « salle des souvenirs scientifiques » qui comprend toujours des appareils, des microscopes, des flacons étiquetés, ainsi que des modèles de cristaux que Louis Pasteur avait lui-même taillés.
Soutenir la restauration de l’appartement de Louis et Marie Pasteur L'appartement de Louis et Marie Pasteur constitue aujourd’hui un héritage culturel et historique à préserver. C’est dans cet appartement que le couple a vécu ses dernières années à partir de février 1889. Ces espaces, conservés en l'état, témoignent à la fois de la notoriété mondiale du savant, devenu le « bienfaiteur de l’humanité » avec le vaccin contre la rage en 1885, et de la vie quotidienne d'un intérieur bourgeois de la seconde moitié du XIXe siècle. L'appartement comprend notamment la « salle des souvenirs scientifiques », créée en 1938, qui présente les instruments scientifiques et la verrerie de laboratoire du savant. Louis Pasteur, décédé en 1895, repose avec son épouse dans la crypte d’inspiration néo-byzantine au sein même de ce bâtiment historique. L'appartement-musée est labellisé Maisons des Illustres depuis 2012. La Fondation du patrimoine, reconnue d’utilité publique, et œuvrant pour la sauvegarde et la valorisation du patrimoine, soutient l’Institut Pasteur dans sa démarche de restauration et de réhabilitation de son patrimoine historique. Dans le cadre de la recherche de mécénat, elle a mis en place une collecte en ligne qui participe au financement de la restauration de l’appartement de Louis et Marie Pasteur. Le coût total du chantier de restauration de l'appartement musée est estimé à 2 600 000 euros. Cette collecte contribuera au financement de plusieurs éléments
L’objectif est d’ouvrir plus largement au public ce haut lieu patrimonial en novembre 2028, à l’occasion du 140e anniversaire de l’Institut. |
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[1] Jean Levaditi, « Souvenirs, comment on entrait à l’Institut Pasteur au début du siècle »
[2] Source : Pasteur Vallery-Radot (Louis), "René Legroux (1877-1951)", La Presse Médicale, n° 17, p. 341, 17/03/1951
[3] "René Legroux (1877-1951)", Annales de l'Institut Pasteur, t. 80, p. 332, 1951
[4] https://www.pasteur.fr/fr/journal-recherche/actualites/pasteuriens-grande-guerre
[5] "René Legroux (1877-1951)", Annales de l'Institut Pasteur, t. 80, p. 332, 1951
[6] Op. Cit.
[7] Annick Perrot et Maxime Schwartz, « Les laboratoires volants », Le génie de Pasteur au secours des poilus, Chapitre 5, Editions Odile Jacob, 2016, pp. 55-63
[8] Op. Cit.
[9] Pasteur Vallery-Radot (Louis), "René Legroux (1877-1951)", La Presse Médicale, n° 17, p. 341, 17/03/1951